Exposition visible du 12 au 30 mars 2012
du lundi au vendredi 9 h - 18h
Galerie La Passerelle - IUFM Mont-Saint-Aignan
Dominique Cerf est née en 1958. Elle vit et travaille au Havre.
Les images de Dominique Cerf se nourrissent de la fiction d’un monde lisse et convenable où règne la promesse commerciale.
Publicités de magazines, manuels de savoir-vivre, échantillons de matériaux, romans à l’eau de rose… La vie s’y trouve à l’état natif. Les sentiments sont nommés, les surfaces circonscrites, les objets agencés, les gestes réglés.
Préparatifs d’une vie qui n’aura jamais lieu peut-être parce que beaucoup de ces images et de ces objets n’appartiennent plus au monde présent, peut-être parce qu’il est de la nature de toute promesse d’être mort-née. L’humour de ces assemblages relève du contraste et de la saillie. Chaque élément éclaire l’élément voisin d’un jour critique. Fictions et matières entretiennent des rapports complexes où dominants et dominés échangent allègrement leurs rôles. L’informe met en crise la forme tout en feignant de la mettre en valeur. Comme le féminin le fait du masculin.
Tout ce qui fait signe est menacé par le milieu qui n’a de passif que l’apparence, tout ce qui fait fond remonte à la surface. Le rire surgit du renversement ou du travestissement de ces hiérarchies mais surtout de ce qu’ils révèlent de la vanité de ces rôles.
Le commerce se confond ici avec le commerce des sexes, marché de dupes conclu entre l’imagination fébrile et l’apparence calculatrice, où l’on s’imagine avoir quelque chose à offrir à l’autre ou à obtenir de lui. La chair n’est pas absente de cette peinture, mais l’incarnation n’y trouve pas son juste moment, basculant toujours entre viande ou fi oriture vieux rose des tissus. Le drame est tempéré par la répétition, la trivialité, l’excès des paillettes. L’offrande féminine est méthodique comme le travail d’une fourmi, moins tournée vers l’effet (sinon un effet qui se retournerait contre lui-même) que vers la possibilité d’agencer sans fin le monde autour de soi.
La mécanique codée des attractions cache cependant de vraies rencontres comme l’humour peut faire écran à l’amour. Au-delà des discours et des pratiques sociales épinglés, textes, dessins et matières s’exaltent en douceur, dans un dialogue poétique où chaque chose livre à l’autre le suc de son étrangeté.
Dominique Dureau


